Fin de la manutention extraordinaire du Jugement Dernier de Michel-Ange
Le Jugement Dernier de Michel-Ange est à nouveau visible, dans toute sa surprenante puissance et dans la splendeur de son chromatisme original, révélées grâce à la manutention extraordinaire qui vient de s’achever. Commencée le 1er février dernier, avec le montage de l’échafaudage dans la Chapelle Sixtine, la manutention extraordinaire a permis d’enlever un voile blanchâtre diffus sur la surface picturale. Presque invisible à l’œil nu, ce léger voile recouvrait les tonalités changeantes de Michel-Ange et atténuait le fort clair-obscur de la composition.
Pendant toute la durée des travaux, la Chapelle Sixtine est restée ouverte. « Les Musées du Vatican sont les Musées de l’accueil – commente la Directrice Barbara Jatta –. Leur mission consiste à garder leurs portes toujours ouvertes, aux fidèles et aux visiteurs. C’est ce qui s’est produit aussi au cours de cette occasion exceptionnelle d’entretien et de manutention d’un de ses joyaux les plus précieux : la fresque de Michel-Ange qui représente, avec une intensité dramatique, la fin des temps. L’intervention de manutention extraordinaire s’est déroulée sous la supervision du Gouvernorat de l’État de la Cité du Vatican, coordonnée par la Direction des Musées, et grâce au soutien du Chapitre de Floride des Patrons of the Arts in the Vatican Museums. Elle a été menée à bien par le Laboratoire de restauration des peintures et des matériaux en bois qui a travaillé en synergie avec le Département de l’Art des XVe-XVIe siècles, le Cabinet de Recherches scientifiques et le Bureau du Conservateur des Musées du Vatican ».
« À l’automne 1541 – explique Fabrizio Biferali, Commissaire du Département de l’Art des XVe-XVIe siècles –, après plus de cinq ans de fatigue surhumaine sur un échafaudage éclairé par la seule lumière du soleil qui filtrait par les fenêtres ou provenait de torches toutefois faibles, Michel-Ange était finalement en mesure de montrer au monde son chef-d’œuvre pictural le plus extraordinaire. Aujourd’hui, à la fin de l’intervention de manutention extraordinaire, cette fresque herculéenne de Michel-Ange resplendit à nouveau aves ses couleurs vives, ses clairs-obscurs vibrants, son extraordinaire variété de poses, de gestes, de regards, de corps entrelacés, dans toute sa puissance percutante, inimitable et inimitée ».
« En 2024, nous avons pu constater que le Jugement Dernier présentait un blanchiment diffus, causé par la présence d’un sel : le lactate de calcium – dit Fabio Morresi, Responsable du Cabinet de Recherches scientifiques –. Les analyses chromatographiques en masse gazeuse ont révélé la présence, dans l’atmosphère de la Sixtine, d’acide lactique, une molécule qui peut provenir du processus biologique de la transpiration. La formation du voile de blanchiment est donc due à la réaction entre l’acide lactique et les ions calciques qui se trouvent normalement sur la peinture à fresque. Le lactate de calcium est très soluble dans l’eau et on peut donc l’enlever facilement de la surface sans abîme le moins du monde la fresque. »
Paolo Violini, Restaurateur en chef du Laboratoire de restauration des peintures et des matériaux en bois explique : « Bien que du point de vue technique l’opération de nettoyage ait été relativement simple, parce qu’elle consistait en un traitement rapide avec du papier japon et de l’eau distillée, l’impact visuel a été considérable, permettant de récupérer la vivacité chromatique et le rendu des clairs-obscurs de la fresque tels qu’ils apparaissaient à la fin de la grande restauration de 1994. Cela a reproposé la comparaison critique sur le rapport entre l’état matériel de l’œuvre et son interprétation. L’intervention a également permis d’effectuer une mise à jour complète sur l’état de conservation de l’œuvre, et de procéder à une révision complète de la réintégration picturale, étendue aussi à la décoration du soubassement ».
Le nouveau défi pour l’équipe des Musées du Vatican – formée de commissaires, de conservateurs, de restaurateurs, d’experts en diagnostics et en installations techniques – consistera à prévenir ou à limiter le plus possible que des phénomènes semblables se répètent. Ceci sera possible grâce à une approche multidisciplinaire basée sur la compréhension des mécanismes de formation de ces altérations et sur le contrôle de nombreux paramètres gérables grâce au système sophistiqué de climatisation présent dans la Chapelle Sixtine.
« Le résultat de la manutention extraordinaire du Jugement Dernier – constate Marco Maggi, Responsable du Bureau du Conservateur – est le fruit d’un parcours de plusieurs années de manutention et d’entretien continu de la Chapelle Sixtine, d’une méthode qui prévoit l’exécution coordonnée et répétée dans le temps d’interventions et de contrôles à 360 degrés. Une méthode à laquelle la Direction des Musées est restée fidèle et convaincue au cours de ces 15 dernières années et qui témoigne de la valeur concrète et de la prévoyance des ‘bonnes pratiques’ de conservation préventive ».